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Découverte : la vallée du Doan

Patrick Blanche

 

Au sud de la péninsule arabique, un gigantesque plateau, le Jol, qui avant l’humanité reposait dans les océans s’élève aujourd’hui à plus de 1.500 mètres d’altitude dans la lumière du soleil. En durcissant, le fond de la mer est devenu calcaire.

Les eaux de pluie à la recherche des plus fragiles fissures y ont cisaillés des vallées. Des cours d’eau y donnèrent vies et les bédouins purent ici trouver repos à leur nomadisme et ainsi se sédentariser dans un cadre digne de nos visions paradisiaques. Freya Stark lors de son voyage dans l’Hadramaout en 1935 parle de « plaisir inattendu et subtil, sel même de la vie, récompense ceux qui, après la traversée du Jol, se tiennent sur le rebord de la falaise et regardent, en bas, le Wadi Do’an ».

Evoquer l’Hadramout, fait instinctivement penser à l’ancienne route de l’encens. Il y a plus de 2.000 ans, les hadramis commerçaient déjà avec l’Inde et l’Occident. Ils servaient d’intermédiaire sur cette longue route désertique, produisaient myrte et encens qu’ils acheminaient déjà à dos de dromadaires sur cette route mythique. L’histoire de l’Hadramaot est encore à écrire, mais on sait qu’il fut prospère dès le IVe siècle avant J. C. Depuis, les Hadramis ont beaucoup émigrés, ont bâti des fortunes et beaucoup sont revenus y construire des palais colorés de toute beauté. Mais ici, dans cette vallée encaissée, l’architecture reste le phénomène le plus spectaculaire, à l’image de son site grandiose. Un monde de châteaux d’argile qui se confondent avec la nature.Les plus habiles artisans du Doan utilisent la boue avec autant de finesse que le stuc et, de fait, rien n’est plus noble et plus décoratif que leurs maisons traditionnelles. Seul le soubassement de la maison est construit en pierre, le reste, est fait de ces plaques de boue et de paille hachée - d’un mètre carré environ et de sept centimètres d’épaisseur - que l’on laisse sécher au soleil pendant une semaine puis que l’on cimente au moyen d’une patte boueuse et liquide. Les murs penchent légèrement vers l’intérieur.

Ces constructions verticales construites aux pieds de falaises vertigineuses donnent aux villes de l’Hadramaout des aspects de forteresse. Même la plus forte pluie ne pénétrera pas à plus de deux centimètres dans l’épaisseur de ces murs qui restent debout pendant des dizaines d’années. Des motifs à la chaux ornent l’extérieur des fenêtres ou dessinent des bandes qui alternent avec le brun naturel des murs. De vieilles portes massives en fer forgé richement colorées accentuent la gravité séduisante de ces demeures.Le Yémen, produit quelques uns des meilleurs miels du monde. Le plus fameux reste le « Al-Dawani » produit ici. Cette « Rolls » du miel est, bien sûr, extrêmement chère mais incomparable. Il est fréquemment offert aux Cheiks, ministres et hautes personnalités. Le responsable du projet de développement de l’Apiculture au Yémen précise : « L’apiculture est une des activités les plus anciennes de l’histoire du Yémen. Elle remonte au Xe siècle avant J. C. Le pays était alors connu comme nation du parfum et du miel et son commerce se développa au IVe siècle. » La consommation de miel est profondément ancrée dans la culture du Moyen-Orient. Des ruches aux formes multiples, sont confectionnées avec tous les matériaux possibles (argile, bois, plastique). Les abeilles vont butiner les fleurs les plus sauvages et les espèces les plus rares notamment le cèdre et l’accacia puis s’en retournent aux ruches dégorger dans des alvéoles de cire pour nourrir la communauté. Ces ruches sont gardées en continu par des gardes savamment armés campant à proximité. Il est produit entre août et novembre.

Dans ces palmeraies verdoyantes des femmes voilées, drapées de noirs, aux chapeaux de pailles coniques, propre à cette région, conduisent leurs troupeaux de chèvres. Les gamins gambadent à l’ombre entre les palmiers dattiers. Des muletiers conduisent leurs troupeaux s’abreuver aux citernes naturelles et remplissent leurs récipients pour leurs besoins ménagers. Des gardiens de chameaux paraissent ne faire qu’un avec leurs bêtes de trait. Dans cette région habitée depuis la nuit des temps, rien ne semble avoir changé. Quel privilège pour des randonneurs pédestres

 

 


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